Foire aux questions

  • V'île fertile c'est quoi ?
  • Intensif, mais c'est affreux !
  • Et les déchets, c'est sale non ?
  • Comment vous êtes arrivés là ?
  • Combien avez-vous de terrain ?
  • C'est quoi ces bâtiments autour ?
Créée en juin 2013, à l’occasion de l’appel à projet Végétalisations Innovantes de la ville de Paris,  l’association V’île Fertile a investi le Jardin d’Agronomie Tropicale (JAT) en mars 2014 pour y développer une micro-ferme maraîchère participative valorisant les déchets organiques urbains. Gérée par des bénévoles, dans une dynamique d’économie circulaire, elle expérimente et promeut une agriculture urbaine écologique. Nous sommes inspirés par les maraîchers parisiens du XIXème siècle et leurs héritiers et continuateurs, par exemple Eliot Coleman et Jean-Martin Fortier, tenants d’une agriculture bio-intensive. Nous n’utilisons que des amendements et traitements autorisés en agriculture biologique et produisons du compost à partir des déchets organiques de proximité
Premier principe : La densification des cultures dans le temps et dans l’espace. Le travail manuel, non mécanisé, permet de densifier les rangs et nous essayons de valoriser au mieux la surface cultivée par de nombreuses successions de cultures au cours de l’année
Deuxième principe : La valorisation de déchets organiques urbains traditionnellement incinérés : A la fin des marchés alimentaires des tonnes de légumes sont jetés. La filière du compostage urbain étant très peu développée en France, l’immense majorité de cette matière organique (composée en grande partie d’eau ! ) est envoyée en incinérateur. Nous récupérons des invendus et les compostons. Une ressource gratuite et abondante pour enrichir notre sol et produire sans intrants chimiques.
Il y a des jardins partagés gérés par des gens qui n’ont cure du végétal, qui n’y voient qu’un carré de soleil où se vautrer pour siroter des pastis. Des gens qui trouvent que le compost ça pue, que le paillage ca fait sale, que les enfants ça fait que tomber dans les escaliers. La frustration qu’ils créent chez les autres se muent parfois en une belle énergie pour créer de nouveaux projets, plus forts, plus fous, plus drôles.

En mai 2013 trois frustrés faisaient donc des plans sur la comète quand, à quelques heures d’intervalle, ils entendent parler de l’appel à projet “Végétalisations Innovantes” de la Ville de Paris et, ils tombent sur 8000m2 de gazon en plein 20e arrondissement. Ca a phosphoré dans leur tête jusqu’à accoucher d’un projet innovant vieux comme le monde : faire des légumes pour les manger. Et du compost pour les cultiver.

Constitution d’une petite équipe en envoyant quelques messages dans les réseaux associatifs, conception d’un logo par un pote graphiste, rédaction d’un dossier expliquant le projet en termes vendeurs et branchés, mise en page classieuse par un pro, levée de fonds sur KissKissBankBank, bricolage de quelques vidéos débiles pour le buzz (qu’a fait pschiiit)… un oral devant les pontes… et paf, on est lauréats ! (Comme 97% des candidats, vous me direz, c’était peut être pas très compliqué !)

Pour autant le terrain qui nous faisait rêver, on l’a pas eu. (depuis,il a été ouvert à candidature en 2016). La mairie nous a mis en contact avec les propriétaires de parcelles de rêve (“Comment ça, les poireaux ça ne pousse pas sur les dalles en béton ?”. “Du soleil ? La photosynthèse ?… Non je ne connais pas. C’est un nouveau filtre sur Instagram ?”)… avant de nous proposer, 6 mois plus tard, la parcelle du Jardin Tropical.

On ne connaissait pas. Et quand au coeur d’un hiver sombre, on se retrouve un matin sur le perron de ce qui est depuis devenu notre maison de campagne, que le soleil vient nous embrasser le front, alors qu’on l’a pas vu depuis des mois, qu’on voit cette belle pelouse alors qu’on se réveille tous les jours dans le béton, on se dit, ça y est. On y est ! V’île Fertile arrête de dériver et s’amarre au JAT.

Sur une parcelle de 1100m2, 600m2 environ sont consacrés à la culture en pleine terre. La serre occupe 160m2 et le pavillon 60m2 au sol.vue-du-ciel

V’île Fertile fait partie du Jardin d’Agronomie Tropicale René Dumont dans lequel sont installées plusieurs structures axées sur le développement durable et la coopération internationale. Notre ferme est implantée à proximité du CIRAD, (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) ainsi que d’une annexe de l’Université Paris 1 qui propose des formations de niveaux Master et Doctorat axées sur les questions de développement et d’environnement. Nous nous situons également aux alentours d’ONG et d’associations orientées vers l’économie sociale et solidaire internationale. Enfin, dans un autre domaine, la compagnie « cirque ici” est installée juste derrière notre ferme.
  • C'est qui le chef ?
  • Qui décide ?
  • Qui va m'expliquer quoi faire ?
Personne. Notre modèle est horizontal, d’inspiration autogestionnaire. Les décisions se prennent donc collectivement. Chacun est responsable de l’avancée du projet. L’investissement et la responsabilisation des adhérents sont primordiales au bon fonctionnement de l’association.

Deux délégués, élus, sont les responsables légaux. Pour autant, il n’ont pas plus de pouvoir décisionnaire que les autres adhérents.

Le Comité Associatif (CA) est également élu. Il est le garant des objectifs et statuts initiaux de l’association, et les décisions stratégiques doivent lui être soumises (dépenses exceptionnelles, projets d’envergure…).

Tous les 10 et 25 de chaque mois nous nous retrouvons en Comité Fertile pour discuter des projets en cours. Tout le monde peut participer, proposer ses sujets et contribuer aux décisions prises collégialement, sur le modèle « une personne égale une voix ».

Ces principes d’organisation sont évidemment parfois difficiles à appliquer, le niveau d’engagement des bénévoles est disparate, et il nous faut parfois faire quelques compromis entre un processus de décision collectif et l’efficacité.

En dehors de la ferme, nous partageons de nombreuses ressources en ligne grâce à un Google Drive et plusieurs Google Groups. Ces outils nous permettent de nous informer, d’échanger, et d’organiser les activités de l’association de manière collaborative.

Auto-formation et “Fais le toi-même” (Do it yourself)…

L’autre mot clé de notre organisation est l’auto-formation. Pas de gentil animateur payé pour encadrer et donner des ordres. Nous cherchons donc à inciter et valoriser l’investissement et la responsabilisation des adhérents. Chacun participe à l’organisation, à l’encadrement, au rangement, etc.

  • L'économie circulaire c'est quoi ?
  • Quelle différence avec un jardin partagé ?
  • Qu'est ce que vous faites des légumes ?
  • Comment sont fixés les tarifs ?
  • Et les bénévoles n'ont rien ?
circulaire5Notre modèle tente de valoriser un maximum de ressources habituellement gaspillées. Nous souhaitons être acteurs d’une écologie concrète, immédiate, à portée de main. La sobriété, la simplicité sont nos valeurs phares. Elles s’incarnent dans des efforts quotidiens pour la réutilisation, le recyclage, la récup et le détournement. Nous sommes des orfèvres de la poubelle : tables de culture en métal et bois de récup, seaux de culture récupérés dans les pâtisseries et brasseries, meubles en palettes. Encombrants du dimanche soir, bennes de grandes entreprises, de chantiers ou de petits artisans, nous faisons feu de tout bois. 
Les initiateurs du projets ont imaginé V’île Fertile comme une cousine des jardins partagé, collective, associative, bénévole, mais avec une vraie volonté de produire des légumes en quantité. Et peut être à terme de trouver une viabilité économique par la vente de légumes (autofinancement ? financement d’un salaire ?).

L’ensemble des cultures est géré collectivement et nous nous inspirons de méthodes professionnelles. Ainsi nous nous équipons chez des fournisseurs spécialisés, mettons en place des outils de gestion facilitant la planification, standardisons les tâches dès que possible, etc.

Si un jardin partagé a en général une production surtout symbolique et ludique, V’ile Fertile a, pour sa part, vendu en 2015 les portions de légumes de 4000 repas (compte-tenu des doses journalières minimum recommandées par le ministère de la santé, à savoir 5 portions de 80 à 100g de fruits et légumes par jour).

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Contrairement à un jardin partagé, les légumes de V’île Fertile sont essentiellement vendus. Car il faut bien faire tourner la machine ! Les bénévoles bénéficient des légumes consommés sur place collectivement. Mais chaque légume qui sort de la parcelle est acheté.

Nos prix sont indexés sur les cours des produits bios constatés sur les marchés par l’observatoire FranceAgrimer. Nous nous sommes fixés à environ 80% du prix maximum. Pourquoi maximum ? Parce que notre produit est unique, que nous sommes à proximité d’une ville aisée, et que notre économie est fragile.

C’est un serpent de mer de l’association. Evidemment, théoriquement, nous aimerions que les travailleurs bénévoles puissent partir avec une partie de leur production. Juste rétribution me direz-vous. Néanmoins, par rapport au nombre de bénévoles qui viennent ponctuellement donner un coup de main, la production est assez faible. Ensuite, comment répartir équitablement entre les travailleurs de fond, chevilles ouvrières de l’association, et les aides ponctuelles ? Il nous a semblé, jusqu’à aujourd’hui, que le meilleur mode de partage est le repas collectif sur place. Les fourmis travailleuses en profiteront plus régulièrement que les oiseaux migrateurs. Et pas besoin de faire des calculs compliqués sur qui a fait quoi, et combien a-t-il “gagné”.

Enfin, notre vraie rétribution c’est la fierté de bâtir un beau projet, le plaisir d’un travail sain et noble, la soif d’apprendre de nouvelles choses ou de les partager avec les autres.

  • Quelles sont les contraintes spécifiques de l'agriculture urbaine ?
  • Quelle surface pour quels revenus ?
  • Et ca part dans la poche de qui ?
  • Vraiment pas moyen d'embaucher quelqu'un ?
  • Qui c'est qui finance tout ca ?
La petite surface ne permet aucune économie d’échelle pour l’achat de matériel et la dimension collective impose la multiplication de certains frais par rapport à un agriculteur seul.

Par ailleurs, à la campagne, les  agriculteurs ne paient généralement pas leur eau, ils la puisent dans des puits ou des rivières. Nous utilisons l’eau du réseau d’eau potable et la payons comme tout citoyen.

Enfin, si la « taxe » de mise à disposition de la mairie peut paraître symbolique pour un terrain à Paris, (50€ par mois) elle représente 10 à 20% de notre chiffre d’affaire et surtout, la location annuelle est équivalente au prix d’achat moyen d’une terre agricole de surface équivalente.

Classiquement, un maraîcher travaille sur une parcelle d’un à trois hectares. (10 000 à 30 000m2). Néanmoins, une étude conduite sur une parcelle de la ferme du Bec Hellouin et suivie par AgroParitech/INRA tente de vérifier le postulat qu’une parcelle de 1000m2 permet de générer à minima un  SMIC.

V’ile fertile s’est plutôt inspirée de ce modèle de micro agriculture, mais sur une surface encore plus réduite et en disposant de beaucoup moins de surface sous serre.

Notre postulat étant que la proximité de la ville permettrait de trouver un équilibre grâce à :

–       Une vente à flux tendu et locale nous économisant la réfrigération et le transport des produits.

–       Une bonne valorisation du produit auprès d’une clientèle aisée.

–       Des activités complémentaires comme les formations et les ateliers pédagogiques.

Néanmoins, une fois nos charges payées, nos revenus ne nous permettent pas de dégager de quoi payer un salaire. Détail au prochain paragraphe :

Avec un chiffre d’affaire de 6.000€, nous avons dégagé environ 2000€ de bénéfice en 2015 (si on exclut les investissements tels que la serre ou l’irrigation, financés grâce à du mécénat). L’amélioration du sol nous permettra peut être de gonfler un peu cette marge a terme (+30% ?). Mais les aléas climatiques comme les ravageurs sont une menace réelle,  une mauvaise année peut mettre une exploitation à plat. Nous sommes donc loin des 22 000€ annuels nécessaires pour une simple rémunération au SMIC (qui est synonyme de précarité en région parisienne). Pas de maraîchage professionnel en vue, donc !

Les bénéfices sont réinvestis dans l’association, dans l’amélioration de l’outil de production (des nouveaux jouets quoi !), l’aménagement du terrain et des bâtiments (pourquoi pas à terme un peu de confort pour les bénévoles, un poêle, un chauffe-eau…) ou le financement de nouveaux projets.

De mars à septembre 2016, notre association a embauché une salariée grâce au mécénat de la Fondation Carasso. (100%, puis 75%, puis 50% d’un smic, sur trois ans). Comme le maraîchage n’est pas rentable, elle a développé des activités complémentaires comme des ateliers pédagogiques pour les écoles et les centres de loisir, ainsi que des journées de Team-Building (construction d’équipe) pour les entreprises. L’idéal serait, à terme, de pouvoir autofinancer le poste tout en dégageant du temps pour aider à la gestion de l’association. Notamment des tâches que les bénévoles ont du mal à assurer, l’administratif, la com, la planification.
Les premiers financeurs de V’île Fertile, historiquement, sont les donateurs de notre campagne KissKissBankBank (Environ 6.000€). En nous faisant confiance, ils nous ont donné du courage et des moyens pour lancer le projet. Encore merci à eux !

La fondation Terra Symbiosis a ensuite contribué à hauteur de 3.000 € à l’acquisition de matériel. Ce qui nous a permis notamment d’acquérir et d’installer un système d’irrigation automatique.

La fondation Carasso, fondée en 2010, finance des projets qui s’inscrivent dans les domaines de l’art et de l’alimentation. Dans le cadre de son appel à projet « Economie circulaire » elle nous a alloué 75 000€ sur 3 ans pour rénover la serre (30 000€), et financer 75% d’un salaire sur 3 ans (45 000€). Un coup de pouce qui donne autant d’élan qu’un bon coup de pied aux fesses !

En 2014 la division de la propreté de la Ville de Paris nous a subventionné à hauteur de 2.000€ pour l’animation d’ateliers compost à la ferme et de collecte d’invendus sur le marché du cours de Vincennes.

Par ailleurs, nous sommes lauréats de la promotion 2015 des acteurs du Paris Durable. Si vous savez à quoi ça sert, merci de nous prévenir 😉

Par ailleurs, en tant que start-up innovante et branchée, nous avons tenté de surfer sur la vague du nom de domaine internet .paris, avec 99 autres pionniers en juin 2014. Les gros donateurs qui délocalisent en Chine (Delsey) ou qui crament du mazout (Aeroport de Paris) ont eu leur nom projeté sur la tour Eiffel… Les petits comme nous… ben, on regardait d’en bas.

  • C'est quoi cette maison
Le pavillon de 120m², sur deux niveaux et une cave, est l’ancienne maison du gardien du parc. Elle a été occupée jusque dans les années 1980 et n’est plus habitée aujourd’hui. Nous l’avons rénovée et réaménagée. C’est aujourd’hui un lieu de travail et de convivialité pour nos adhérents, (bien qu’on s’y caille les meules en hiver ! et qu’on doive la partager avec une famille de rat hyperactive). Ainsi nous profitons aujourd’hui d’une cuisine, d’une salle à manger, d’un salon d’accueil, d’un atelier de bricolage et d’une salle pédagogique.

  • Qu'est ce que vous cultivez ?
  • Comment est organisé le jardin ?
  • Qui se charge de l'arrosage ?
  • D'où viennent vos graines ?
  • Vous aviez pas pris un peu de plomb dans l'aile ?
Nous faisons du maraîchage diversifié. Notre produit phare est la salade et le plus rentable et productif est la courgette.

L’agriculture urbaine est contrainte à de petites surfaces, mais présente l’avantage d’être à proximité immédiate des consommateurs. Il est donc préférable, d’après nous, d’opter pour la culture de produits fragiles, frais, à fort rendement et à fort potentiel économique, comme les tomates et le mesclun. A cause de ces mêmes contraintes, nous ne cultivons pas certains légumes “classiques”, comme la pomme de terre, qui prendraient trop de place pendant trop de temps. Nous recherchons donc l’équilibre entre offrir un panier varié et la difficulté pour nous d’apprendre à cultiver une grande diversité de légumes.

Pour vous donner une petite idée des quantités, en 2014 nous avons produit 500 kg de légumes pour 3 700 euros de vente, en 2015, nous sommes montés à 1.3  tonne pour 6 100 euros de vente. En 2016 nous démarrons notre troisième saison !

Nous disposons de 400m2 cultivés (600m²-les allées) sur deux parcelles que nous appelons “grand jardin” et “petit jardin”. Les planches de culture font 75cm de large, les allées 45cm.

Un plan de culture  organise les 20  planches du grand jardin en 4 zones qui se décalent d’une année sur l’autre pour assurer la rotation des cultures, pilier de l’agriculture biologique. Ce “plan”, notre petit livre vert, est, plus concrètement, un logiciel avec une planification à l’année, semaine par semaine, mètre par mètre. Nous y notons le travail effectué, les espèces semées ou repiquées et les apports dans chaque planche.

Les planches du petit jardin se décalent simplement d’une planche par an.

Chaque jardin dispose d’une arrivée d’eau avec électrovanne d’où part soit un système d’irrigation goutte à goutte, soit un système de micro-aspersion (arrosage semblable à l’arrosage de la pluie). L’arrosage est programmé, il se lance plusieurs fois par jour. Tout au long de la journée pour le goutte à goutte. Deux fois le matin pour l’aspersion, avec un petit arrosage de rafraichissement en fin de journée, une fois le soleil bas sur l’horizon. L’automatisation de l’irrigation est une chose très importante pour le jardin. C’est une sécurité et un gain de temps majeur.
Nous avons deux fournisseurs de graines biologiques, Essembio et Agrosemens.

Nous ne récupérons donc pas nos graines, c’est une expérience en soi qui est longue et qui demande des connaissances que nous n’avons pas le temps de développer. De plus, les essais ne nous permettraient pas de garantir une production de plants compatible avec notre objectif de productivité et de vente au public. Produire des graines est un métier. La recherche de stabilité variétale, d’une certaine homogénéité dans la production et d’un taux de germination correct (même si des accidents sont possibles dans les graines de semenciers) n’est pas simple.

Nous n’achetons pas nos graines chez Kokopelli (une association qui vend des semences libres de droit et reproductibles). Ses pratiques militantes sont très intéressantes et leur travail pour les pays du Sud est exemplaire. Néanmoins, les graines de Kokopelli distribuées en France sont plus à destination des particuliers car la stabilité variétale, le taux de germination, et les tarifs haut de gamme ne sont pas compatibles avec nos besoins ou ceux de maraîchers professionnels.

Malgré une analyse historique qui ne laissait pas présager de risques particuliers, une analyse des ETM (éléments traces métalliques) du sol commandités par AgroParitech et réalisée par le laboratoire d’analyse de la ville de Paris a révélé une importante pollution au plomb. Grâce à Dieu, ou tout du moins, à Saint-Fiacre, le transfert dans les légumes était en dessous des seuils réglementaires (Nous n’avons empoisonné personne). Si AgroParitech préconisait une gestion douce de la problématique par un suivi et une adaptation des pratiques, la Mairie, pour éviter tout risque, a opté pour la solution la plus coûteuse (en terme économique et environnemental) : l’excavation sur 50cm et le remplacement de la terre de la parcelle en janvier 2016.
  • C'est du bio ?
  • Rassurez moi, c'est de la permaculture ?
  • Elles sont où vos buttes ?
  • Et la haie ? Et la mare ?
  • Vous ne traitez pas j'imagine ?
  • Et le compost ?
  • C'et quoi ces champignons ?
Nous ne passerons pas de certification biologique D’une part car nous ne respectons pas complètement le cahier des charges de l’agriculture biologique, essentiellement sur deux points. Le premier point concerne la culture hors-sol, dans la serre: la culture de légumes en pots n’est pas autorisée en AB . (cf. http://www.ecocert.fr/sites/www.ecocert.fr/files/GUIDE-de-LECTURE-RCE-BIO-884-2007-et-889-2008-Juin-2014.pdf, p6, titre 2).

Le second point réfère au fumier : pour être agréé agriculture biologique, le fumier doit venir d’un centre équestre disposant d’un espace d’épandage (a minima un carré de verdure). Ce n’est pas le cas du centre équestre de Joinville qui est 100% hors sol.

D’autre part, et surtout, notre volume de production ne justifie pas le coût d’une labellisation (autour de 1000€/an).

Enfin, nous sommes un lieu ouvert : les clients peuvent constater par eux-mêmes que nos pratiques sont écologiques, pas d’apports de pesticides ou d’intrants chimiques, les amendements sont à base de produits naturels (corne broyée, patentkali et autres engrais autorisés en agriculture biologique, compost etc.).

Nous ne sommes pas dans une démarche permaculturelle, nous suivons certains principes, avec pragmatisme, mais nous assumons surtout une expérience différente d’agriculture urbaine avec une recherche de productivité.

D’ailleurs, à notre connaissance il n’y a pas, en France, de maraîcher professionnel qui travaille en permaculture. L’exemple souvent cité par nos visiteurs, La ferme du Bec-Hellouin, dit aussi s’intégrer dans des démarches de permaculture, mais son modèle économique est largement basé sur la formation, source de revenu importante. Ensuite, une grande partie de leur production est en fait plutôt axée sur les principes de culture bio-intensive dont nous nous inspirons également : nombreuses rotations, densification des rangs, rationalisation, utilisation de serres, de tunnels etc. Et non pas sur des mandalas en buttes ou se mélangent des espèces comestibles persistantes.

Très à la mode, les buttes ne sont pas pour autant la solution miracle à tous les problèmes (d’ailleurs, au fait, les solutions miracles, ça n’existe pas 😉

Les buttes sont utilisées sur une typologie de sol bien particulière que sont les sols hydromorphes (qui se gorgent d’eau et asphyxient les racines) puisqu’elles améliorent le drainage. Au contraire notre sol est sableux et séchant. Quant aux buttes “fertiles”, remplies de bois et de paille, c’est peut être intéressant, mais sur 500m2 cultivés, ca ferait déjà 100m3 de matière à ramener… un joli bazar !

Les lecteurs du manuel de permaculture nous ont souvent demandé pourquoi nous n’avions pas planté de haies. Nous nous sommes contentés de leur faire lever les yeux, et de leur rappeler que nous sommes au coeur du bois de Vincennes, que la végétation est riche et offre un merveilleux refuge pour la biodiversité.

Pas de mare non plus sur notre parcelle. Il y en a une à 100m. Elle abrite des crapauds accoucheurs, protégés, des poissons, des canards…

Si, bien sûr, comme tous les agriculteurs.

Nous utilisons uniquement des produits autorisés en agriculture biologique, pour l’amendement (Patentkali, sulfate de potassium Kalisop, Corne broyée, Derome Equinorg, purin maison d’orties ou de consoude) ou pour le traitement contre les ravageurs (Anti limaces Ferramol, purin d’orties, décoctions, coups de pieds au cul, immolation…. )

Nous produisons du compost à partir des déchets organiques des environs. Les déchets de V’île Fertile et du jardin d’Agronomie Tropicale, mais aussi les invendus du marché de Nogent que nous récupérons tous les dimanches grâce à une remorque à bras ou à vélo, ou le fumier du centre equestre de Joinville, de la Cartoucherie ou de la Garde Républicaine.

La zone de compostage fait 20 m² environ. Elle est divisées en 4 compartiments dont le contenu est régulièrement aéré.

Notre compost n’est donc pas uniquement composé de produits bios. Mais le cahier des charges de l’agriculture biologique n’interdit pas le compost de produits non bios. Partant du principe que les traces de pesticides et engrais sont mineures et que le processus de décomposition du compost, la montée en température finissent de dégrader les molécules. D’ailleurs, la plupart d’entre nous acceptent de manger des produits conventionnels, a fortiori nous acceptons sans problème l’idée de les composter.

La production de champignons a souvent été une filière de valorisation des déchets (fumier, paille, copeaux, marc de café ou drêches de bière, plus récemment), ce en quoi elle nous intéresse donc fortement. C’est un projet qui nous trottait dans la tête depuis longtemps mais qui ne se concrétise que récemment, grâce à l’aménagement d’un souterrain de 400m2 à l’entrée du parc Floral. Nous y faisons fructifier des Shiitakes.

  • Et c'est quoi cette serre ?
  • Vous y produisez quoi ?
  • D'où viennent vos plants ?
  • D'où vient la terre dans les pots ?
  • C'est quoi tous ces tuyaux ?
En janvier 2015, nous avons rénové la « serre moderne » du JAT, chantier très fédérateur qui a mobilisé une centaine de personnes. La fondation Carasso a subventionné les travaux à hauteur de 30 000 euros. Initialement destinée à la quarantaine de canne à sucre à grands renforts de chauffage au mazout, en 1971, nous l’avons adaptée à la culture maraîchère décarbonée. Nous avons remplacé la couverture polycarbonate, installé un système d’ouverture automatique des fenêtres en fonction de la température, installé une pépinière et des tables de culture pour les tomates et concombres.
La serre contient environ 200 pieds de tomates, quelques uns d’aubergines, de poivrons et de concombres, cultivés en pots. Nous y avons aussi aménagé une pépinière où nous produisons nos plants pour un repiquage au jardin. On y trouve également des tables de cultures qui accueillent mesclun, radis,mâche ou épinards à l’orée et à la sortie de l’hiver.
Nous produisons dans la serre tous nos plants, en motte pressée, en plaques ou terrines. Sur 5m² de tables à marée (irrigation par capilarité, la table est remplie une fois par jour par une petite pompe d’aquarium, puis se vide). Trois des tables sont posées au dessus de couches chaudes de fumier de cheval. L’idée était de chauffer les plants en début de saison grâce à la chaleur dégagée par la décomposition du fumier. Pour l’instant, ça n’a jamais vraiment fonctionné 🙁 La pépinière explose toujours un peu au printemps car les 5m2 ne suffisent pas à accueillir tout le monde. Nous vendons également certains plants de fleurs ou de légumes aux particuliers.
Le substrat utilisé dans les pots de la serre est un mélange imaginé à AgroParitech sur le toit du vénérable institut. Un mélange d’un tiers de bois broyé, un tiers de marc de café myceliumisé (déchets de la champignonnière d’UpCycle, qui produit du pleurote sur marc de café), et un tiers de compost.

Le fond des seaux est composé d’une couche de gravier, dont les interstices servent de réserve d’eau, recouverte d’un feutre.

Les pots de culture dans la serre sont des seaux de nappage ou de choucroute récupérés en pâtisserie ou en brasserie.

Ils sont installés sur le principe du “dutch bucket”, un système d’irrigation avec récupération et réutilisation du surplus de drainage. Au dessous, un bac de 250 litre contient une réserve d’eau. Une pompe d’aquarium sur minuteur pousse l’eau dans un tuyau principal qui dessert un réseau de capillaires (tuyaux très fins) piqués dans le substrats de chaque pot. Le bas des pots est percé d’un tuyau (récup dans la benne d’un chantier) qui ramène le surplus d’eau dans la réserve initiale.

  • Quand est ce que je peux venir ?
  • Et pour acheter ?
  • C'est quoi cette histoire de Saint-Fiacre ?
  • J'ai des plantes à donner...

Un petit nombre d’adhérents se relaient pour tenir les permanences, les samedis, dimanches et jours fériés, de 14h à 19h environ. La fermeture varie selon les horaires saisonniers du parc (consultables sur paris.fr).

C’est à ce moment là qu’ont lieu la plupart des activités collectives de la ferme.

Nous ne sommes pas ouverts le matin ou en semaine car l’association est portée par des bénévoles qui travaillent pour la plupart en semaine pour gagner leur vie. Les malheureux ! Nous avons déjà du mal à trouver des volontaires pour assumer les permanences des après-midis du week-end, donc le matin c’est encore plus compliqué !  

La vente de notre production est l’une des activités les plus visibles. Elle s’effectue plus ou moins toute l’année pour les champignons et globalement de mai à novembre pour le reste de la production, pendant les permanences (voir la question précédente).
Nous organisons ponctuellement des animations : atelier compost, interventions sur les marchés pour sensibiliser le public au gaspillage alimentaire, ou repas de la Saint Fiacre : une fête en hommage au saint des maraîchers (et des hémorroïdes)… Le cadre de ces animations diffère selon les idées, les bonnes volontés, les saisons et les opportunités ! La plupart sont publiques. L’une d’elle, plus intime et sacrée, est réservée aux seuls initiés.

Nous participons également régulièrement à des conférences sur l’agriculture urbaine, des manifestations associatives etc.

Vous traversez une grave crise de confiance avec votre kalanchoé ?

Vos plantes grasses font tache ?

Votre chlorophytum vous a fait un enfant dans le dos ?

Votre pothos veut reprendre sa liberté ? …

… V’ile Fertile vous propose un nouveau concept : le troc vert permanent !!

Prévoyez un contenant drôle, inattendu, kitch, artistique et contribuez à en faire une oeuvre d’art collective !

Venez quand vous voulez déposer et prendre des plantes sur notre étagère végétale.

  • Vous faites des choses pour les enfants ?
  • Il parait que vous pactisez avec le grand capital ?
Nous proposons des ateliers pédagogiques pour le jeune public autour d’une myriade de thématiques directement liées à notre projet d’agriculture urbaine : compost, économie circulaire, nature, alimentation… Dans ce cadre nous travaillons régulièrement avec des écoles primaires et centres de loisirs ainsi qu’avec des établissements du second degré et de l’enseignement supérieur. Nous collaborons par exemple depuis deux ans avec le lycée Victor Duruy, (7ème arrondissement) pour un carré de culture et pour l’étude et l’aménagement d’une zone de compostage.

D’autre part nous proposons des journées “team-building” (construction d’équipe) pour les entreprises : les participants y réalisent divers chantiers par petits groupes, leurs permettant ainsi d’explorer, ensemble, d’autres façons de travailler. Ces journées se sont révélées être très fructueuses pour les deux parties : elles nous permettent d’amorcer des chantiers et d’ouvrir nos portes à un nouveau public; pour les entreprises, elles renforcent la cohésion de leurs équipes en leurs offrant une journée d’activités manuelles dans un cadre bucolique (une bénédiction pour les bureaucrates parisiens !).